| Tur'ok le Wouh | Chap 04 - Page 1 |
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Dans le confort plutôt relatif du repère des Oblinautes, Tur’ok et Robin étaient assis sur des chaises bancales et regardaient Krysta intensément. Cette dernière se savait en partie coincée par la situation, mais savait, d’une part, qu’elle aurait à faire confiance à des inconnus dans son voyage et, d’autre part, que le succès de son entreprise reposait aussi sur son secret. Pendant que l’Espellienne faisait le tri de ce qu’elle révèlerait, le Wouh jugea bon d’interrompre ses pensées, car il comptait bien tirer le plus d’information possible de cet entretien.
- Écoutez, commença-t-il, personne ne vous veut de mal ici. Nous sommes prêts à vous aider, je crois l’avoir d’ailleurs déjà prouvé. Nous demandons simplement à savoir ce qu’une personne telle que vous fait si loin de chez elle, habillée de la sorte, à une telle heure.
- Je vous comprends, répondit-elle, mais je cherchais par où commencer.
- Commencez donc par nous dire qui vous êtes exactement.
- Vous avez raison, mon nom est Krysta d’Ulie et je suis bien une Espellienne.
- Une Cilande.
- Je suis en effet membre du troisième rang social d’Espellia, on ne peut rien vous cacher. Comme vous devez le savoir, puisque vous semblez en savoir autant, chez mon peuple, les rangs sont à la fois politiques, civils, militaires et judiciaires.
- Donc, interrompit Robin, un député a les mêmes droits et avantages qu’un colonel ou quelque chose comme ça?
- Ou qu’un médecin ou un avocat, excepté qu’ils ne seraient ni l’un ni l’autre, mais simplement, des Cilands dans ce cas-ci. Toujours est-il qu’on m’a envoyée à la fois comme diplomate et informatrice pour rencontrer quelqu’un d’important pour nous, à Oeilville.
- Dans la cité Royale? répondit Tur’ok, et qui voulez-vous rencontrer?
- Votre curiosité dépasse un peu les limites de ma dette, maitre Wouh.
- Pardonnez-moi, fit ce dernier, déçu, mais cela n’explique pas votre tenue ou votre sortie tardive.
- Je voulais me rendre à la taverne des marins afin de recruter des gens pour continuer mon voyage.
- Dans cette tenue? répondirent d’un même souffle les deux hommes.
- Dans le royaume d’Oulard, j’ai découvert qu’il était plutôt difficile de se faire entendre d’un homme quand on est femme. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre…
L’assassin et l’Oblinaute éclatèrent ensemble du même rire sonore. Même si voir Tur’ok en train de rire avait de quoi surprendre, Krysta n’entendait pas à rire. Le feu brulait dans ses yeux et si elle avait pu les incendier du regard, cela serait déjà fait. C’est Robin qui tenta de calmer les choses tout en essuyant son œil qui coulait de rire.
- Pardon, madame, s’excusa-t-il, mais comme vous venez de si bien le résumer, la situation des femmes est difficile ici. Ce qui fait que beaucoup sont des oubliées et grossissent nos rangs. Chez les Oblinautes, comme il est coutume de rire du malheur plutôt que d’en pleurer, disons que ces situations sont des « blagues » qui reviennent souvent.
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