| Un Sombre Présage | Chap 08 - Page 1 |
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Déstabilisée d’être passée si près de la mort et encore perturbée par le commentaire mal placé du chef de brigade, la belle Espellienne se releva difficilement. Elle se sentait soudainement affreusement seule. C’est donc un peu embarrassée, et surtout culpabilisée, qu’elle retourna à ses charriots pour prendre un peu de repos. Elle fut cependant interrompue par une voix haut perchée qui brisa le fil de ses idées noires.
- Impressionnant, dame Krysta, disait la voix de Soufiane du fond de sa voiture de voyage, il ne vous a pas fallu longtemps pour vous faire apprécier du groupe.
- Pardonnez-moi?
- Je crois que les Hurraults ont apprécié votre travail, ajouta le marchand, ils sont venus vous féliciter après votre performance.
- Ce n’est pas l’impression que m’a laissée votre chef de la sécurité, Excellence, répondit-elle, la mine basse.
- Personne ne pourra jamais satisfaire Oleg, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est le seul à pouvoir conduire une caravane pour moi dans le nord de ce continent. Il se met toujours beaucoup de pression pour la survie du convoi et de ses subordonnés. C’est surement pour cette raison que ses hommes ont une confiance aveugle en lui.
- Et il a surement raison, dit-elle en se retournant pour voir l’archer constater la blessure à la jambe du palefrenier, il n’y a probablement pas de meilleur moyen.
- Je ne suis pas d’accord. À s’attacher comme cela à ses subalternes, il va finir un jour par se sacrifier pour un idiot, et le groupe se retrouvera sans chef pour les rendre à bon port. Un bon chef est surtout quelqu’un qui sait bien déléguer et faire des sacrifices. Je le lui dis d’ailleurs souvent.
Cette réflexion la fit beaucoup réfléchir. Qui est le meilleur meneur d’hommes? Celui qui reste près de ses subalternes, s’attirant leur confiance et leur respect au prix de sa propre vie? Ou celui qui est prêt au sacrifice de ses hommes pour la réalisation du but commun? Elle revint donc, toujours troublée, à ses charriots où l’attendaient justement ses « hommes ».
Ces derniers étaient assis autour de Zir, lequel récitait son baptême du feu nerveusement, en répétant sans cesse le segment où il avait vu la bête lui sauter dessus. Tur’ok était assis un peu à l’écart dans le même chariot, ses yeux bicolores dardant sur Krysta un mélange d’inquiétude et de curiosité. C’est cependant le magicien qui accueillit la Cilande avec un enthousiasme nerveux.
- Maitresse, fit-il en lui baisant la main, vous fûtes incroyable. Vous m’avez certainement sauvé la vie… sachez que j’en serai à jamais reconnaissant et…
- Vous avez été très bien aussi, mon bon, répondit-elle, l’air absent.
- Qu’avait-il à vous dire ainsi pour que vous ne nous reveniez pas triomphante comme il se doit? demanda la voix monocorde du Wouh à l’arrière du chariot.
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