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Le Village d'Aston Chap 13 - Page 1

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Le village d’Aston était situé dans le grand comté des Quétiers. Cette vieille famille était une parente lointaine des Vaudrois. Mais si ces derniers avaient réussi à prendre le pouvoir à la force de leurs ambitions, les Quétiers s’étaient assis sur leurs lauriers. La superficie de leur territoire dépassait de beaucoup celle des autres comtés du royaume, celui-ci étant composé presque en totalité de riches plaines nervurées de petites rivières. Cela en faisait un paradis pour l’agriculture. Mais si cette terre engraissait ses habitants par ses cultures, elle n’emplissait point les poches de ses dirigeants.

En effet, le sous-sol ne jouissait d’aucune ressource minérale de valeur. À cette époque, ce n’était plus les terres qui faisaient la richesse de leurs possesseurs, mais bien ce qu’elles contenaient. Le village d’Aston, qui avait été la fierté d’Oulard quatre-cents ans plus tôt, avait tranquillement vu ses honneurs transférés vers Mélodar la Riche; beaucoup mieux située géographiquement pour une société mercantile.

Le comte Quétiers, qui habitait toujours le village, était extrêmement préoccupé par l’arrivée des hommes des ténèbres. C’est donc une garde sur les dents, complètement exténuée, qui vit arriver la caravane d’Abou Soufiane. Les soldats de faction furent d’ailleurs si surpris de les voir arriver qu’au début, ils étaient convaincus qu’il s’agissait d’une attaque.

-        Sacrés noms! Comment avez-vous fait pour arriver jusqu’ici? demanda le chef de garde d’un fort accent champêtre.

-        Eh bien, nous sommes simplement passés, j’imagine que la taille de nos défenses les a tenus en respect, mentit Oleg pour ne pas leur dire qu’ils avaient, en fait, passé un accord.

-        En tous les cas, monsieur le Hurrault, nous sommes sacrément contents de vous voir. Nous n’avons eu aucun contact avec l’extérieur depuis l’arrivée de ces sacrés rapaces, et toutes les tentatives pour contacter le roi ont échoué.

-        Cela expliquerait pourquoi mes éclaireurs ne sont jamais revenus.

-        Surement, surement. Sacrés noms! Je peux vous dire que c’est monsieur le comte qui va être sacrément content de vous rencontrer.

Ils entrèrent donc dans le village et se dirigèrent vers la place centrale où ils pourraient, avec la permission des gardes, placer leurs charriots pendant la durée de l’escale. Celle-ci devait durer deux ou trois jours, tout au plus. Une heure plus tard, un homme au long manteau noir arriva sur son cheval à la robe Alezan brulé foncé[1]. On ne pouvait voir son visage, car il était coiffé d’un chapeau à larges bords foncés. Le chef des gardes n’en croyait pas ses yeux et se grattait la tête d’incrédulité.

-        Sacrés noms de noms! La route du Nord est libérée, ma parole?

-        Ouais, on pourrait dire ça, répondit l’inconnu d’une voix grave.

-        Eh bien, qu’est-ce qui peut vous amener par ici?

-        Je viens sur les ordres du roi, fit-il en dégainant sa dague, vous voyez ça? Je vous ordonne donc de ne pas dire à qui que ce soit que vous m’avez vu, compris?


[1] Robe de cheval de couleur fauve, brun rougeâtre

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