| Tessar'nok | Chap 16 - Page 1 |
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S’il avait fallu six jours à l’expédition pour atteindre le village d’Aston, il fallait tout près de trois semaines pour se rendre à Dora la Gardienne. Cette ville était surnommée ainsi parce qu’elle avait abrité les Vaudrois, quatre-cents ans plus tôt, au cours du siège d’Oeilville. Les voyageurs allaient franchir autant de terrain pendant la première semaine que pendant les deux suivantes, car passée cette période, commençait la longue ascension vers les plateaux où se situait la croisée des chemins de Dora.
La bonne nouvelle était que contrairement à la première partie du voyage, le chemin était beaucoup mieux balisé et même, par moment, entretenu par les populations locales, ce qui réduisait les risques de mauvaises rencontres et de bris d’équipements. La mauvaise était les risques de blessures et de fatigue pour les attelages, causés par l’inclinaison du chemin lors de la progression.
La bise hivernale guidait la troupe le long de leur périple, ce qui permettait aux chevaux de respirer un peu, mais obligeait les hommes à se cacher du froid dans leurs véhicules. Ils gardaient cependant un bon moral, puisque tout se passait plutôt bien. Les bris étaient rares et rapidement réparés, les soirées sans mauvaises surprises et, en plus, les voyageurs se dirigeaient vers le sud. Bien qu’ils aient monté en altitude et que l’hiver continuait son travail, ils savaient qu’ils allaient bientôt quitter les vents des plaines pour ceux bien moins forts des vallées.
Pour Tessar’nok, c’était une autre paire de manches. Il n’avait qu’une couverture de laine et son gros manteau pour le protéger des bourrasques glaciales et, comme il n’avait que son vieil étalon pour le transporter, il n’avait pas pu trainer beaucoup de vivres. Au départ, il n’avait prévu que de se rendre à Aston et d’y accomplir sa noire besogne avant de retourner à Mélodar. Il ne s’était jamais attendu à échouer si lamentablement et être obligé de faire ce trajet vers la capitale.
Il s’était donc contenté d’apporter le plus de viande séchée et de bonbons sagelais possible. Pour combler les carences, il devait souvent manger de l’herbe ou des racines trouvées en cours de route, sans compter le problème de l’eau. Aucun cheval n’aurait pu trimbaler à lui seul l’eau nécessaire à sa consommation et celle de son cavalier pour une si longue période. La recherche de petits points d’eau pour abreuver l’animal était par conséquent une préoccupation de tous les instants. Pour lui, l’approche des plateaux était une mauvaise nouvelle puisque la végétation et les précipitations y étaient plus rares.
Heureusement que le trajet de la caravane était des plus prévisibles, car souvent, l’assassin devait quitter le chemin pour y trouver ce qu’il lui fallait. Au bout de cinq jours, il commença à sentir l’urgence d’agir et décida de pénétrer furtivement dans le camp d’Abou Soufiane. Il attendit la tombée de la nuit et, après avoir attaché son vieux coursier à une demi-lieue de là, entreprit de rejoindre le campement à la course. Cela lui prit une vingtaine de minutes, mais il en avait vu d’autres.
C’est sous le nom d’Arthobal que l’officier de la guilde était né, trente-six ans plus tôt dans une petite ferme en périphérie d’Artagène, la capitale du royaume de Sagel. Malheureusement, ses parents furent tués plus tard par les barbares nordiques qui étaient descendus vers le sud pour fuir un hiver particulièrement dur. C’est donc à l’âge de treize ans qu’il commença à trainer dans les rues de la plus grande ville sagelaise.
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