| L'Ermite Mémorialiste | Chap 18 - Page 1 |
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Le vieil homme était vraisemblablement de race elvine. Ses traits, particulièrement ses appendices auditifs, ne pouvaient mentir. Il se plaça face à eux et étira son bras gauche, comme s’il voulait poser son grimoire dans l’air, mais une plante grimpante descendit des branches de l’arbre centenaire pour le ramasser doucement. Ses mains étant maintenant libres, il souleva légèrement les pans de sa toge pour s’assoir alors qu’une racine sortait de terre pour l’accueillir. Des plantes similaires à celles qui avaient pris le livre vinrent chercher ses bras. L’inconnu ressemblait à un roi assis sur un trône de verdure.
Son visage était loin de représenter son âge. Il avait bien des pattes d’oie et quelques rides au front, mais ses yeux verts brillaient d’une certaine fougue qui rappelait beaucoup plus celle d’un jeune homme que celle d’un vieillard. Évidemment, ses longs cheveux argentés pouvaient le faire sembler plus vieux, mais ils étaient très lisses et ne semblaient pas marqués par la rudesse du temps. S’il n’eût déjà annoncé son âge vénérable, on aurait pu l’estimer à la mi-quarantaine.
Bien qu’aucune émotion particulière ne se dessinait sur son visage, une certaine douceur, voire une certaine sérénité y transparaissait et inspirait ainsi la confiance. Il souleva tranquillement la main et dit :
- J’espère que vous êtes confortables, ainsi, nous pourrons faire connaissance.
- Nous vous remercions pour votre hospitalité, dit l’Espellienne, et vous avez raison, nous en avons presque oublié les règles de la courtoisie. Je vous présente, à ma gauche, Saif, et Tur’ok qui est ici à ma droite. Je suis Krysta d’Ulie, et comme nous vous l’avons dit plus tôt, nous sommes à la recherche d’un successeur aux Déffriers. Vous disiez, je crois, que vous avez assisté au siège d’Oeilville?
- Moi, Antémadon l’Elvin, fils d’Amphorion, descendant direct d’Akera, reconnu aujourd’hui comme le dieu de la terre, avais à peine vingt ans quand tout ceci commença…
Ce dernier entreprit donc de raconter l’histoire du siège de la capitale oulaise, la destruction d’Espellia, l’exil de son peuple et la montée au pouvoir des Vaudrois.[1] À quelques reprises, les auditeurs tentèrent de poser des questions ou simplement d’interrompre le récit, mais le narrateur ne s’en aperçut pas, tant il semblait pris dans le flux de ses pensées. Ils prirent donc leur mal en patience et écoutèrent le discours théâtral jusqu’à la fin. Après un bref instant de réflexion, la jeune femme demanda :
- Vous êtes donc Sylvain, n’est-ce pas?
- Probablement le seul à encore habiter Oulard.
- Dans ce cas, selon ce que vous dites, vous deviez être dans le nord du royaume au moment de ces évènements, n’est-ce pas? Alors, comment pouvez-vous être si affirmatif sur l’extermination de la vieille dynastie?
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