Cliquez ici pour laisser un commentaire!
Chapitres:

 
Les Wouhs Chap 20 - Page 1

<< >>

Les deux compagnons avançaient ainsi depuis une quinzaine de minutes dans les minuscules allées séparant les plantations. Elles étaient si étroites que ce n’était qu’une fois à l’intérieur qu’il était possible d’en discerner les séparations. De plus, plutôt que de suivre des lignes rectilignes comme n’importe quelle autre culture, celles-ci suivaient une direction sinueuse. Il était cependant possible d’en découvrir la logique au bout de quelques virages.

En effet, les rangs wouhs étaient composés d’un ensemble de demi-cercles décalés de quelques pas les uns des autres et qui convergeaient tous vers le centre où se trouvait le village. L’alternance des différentes cultures était savamment étudiée de façon à ce qu’elles puissent être placées très près les unes des autres sans se nuire pour autant, tout en assurant une bonne pollinisation.

Le guide de Krysta expliquait d’ailleurs tout cela avec une passion qu’elle ne lui connaissait pas. La gent florale semblait le transporter dans un autre univers aux couleurs plus brillantes, aux arômes plus doux et aux possibilités infinies. C’est cependant sur ce dernier point qu’il insistait particulièrement. Greffes, sélections dirigées et manipulations diverses, la tribu du sicaire semblait avoir altéré presque la totalité des espèces végétales qui l’entourait. Elle en avait ainsi amélioré la résistance aux méfaits de la nature, mais surtout, les propriétés qui en justifiaient la culture.

Lorsqu’ils arrivèrent à côté d’une espèce de digitale qui aurait été créée par son grand-père, le cicérone demanda un instant. Il souhaitait contempler ce qu’il qualifia comme le chef-d’œuvre de la vie de son aïeul qu’il avait assassiné à l’âge de huit ans. Une pointe de nostalgie dans l’œil, il porta son poing droit sur son cœur en regardant un des plants qui devaient atteindre la taille respectable de six pieds et qui ne semblaient même pas être encore murs. Puis, sans prévenir, sans même détacher les yeux de l’impressionnante fleur toxique, il déplia son bras en un bref mouvement fouetté.

Un de ses couteaux de jet, qu’il avait surement pris à sa bandoulière, fut ainsi décoché à l’aveugle. Ce dernier traversa un rang d’herbes hautes et l'on entendit le bruit caractéristique d’un objet de métal qui en frappe un autre. Surprise, l’Espellienne se retourna brusquement dans la direction du bruit pour voir surgir un jeune homme d’environ dix-huit ans. Il était encore plus petit que l’assassin, arborait une courte chevelure noire et portait des vêtements de même couleur, mais ce ne sont pas ceux-ci qui attirèrent son attention, mais bien les deux petits yeux de jais au regard étrangement familier. Un regard glacial qui paralysait d’effroi quiconque le croisait. Un regard qu’elle avait vu pour la première fois à Mélodar, celui d’un Wouh qui chargeait sa proie.

Armé d’une sica[1], le jeune homme se rua sur la femme à une telle vitesse qu’elle eut à peine le temps de mettre la main au pommeau de son arme. L’attaque de l’assaillant fut portée avant même que la lame de la rouquine ne voie le jour.


[1] Sorte de poignard de l'antiquité de forme recourbée, elle aurait été utilisée par les Zélotes, puis les

Haschischins.

<< >>